J'ai fini le deuxième chapitre.
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Passivité
____Nous marchions dans un couloir rempli de lumière. Les deux hommes qui m'entouraient ne disaient mot, continuant leur marche, passant devant des portes, toutes fermées. Cet endroit était relativement calme. Parfois, des hurlements incompréhensibles se faisaient entendre, ou encore, certaines portes sursautaient sous les poings des personnes se trouvant de l'autre côté de ces-dernières.
____J'avais peur, extrêmement peur. Finirais-je ma vie ici ? Serais-je bien traitée ? Me battra-t-on jusqu'à l'arrêt total de mes visions ? Me ferais-je des amis ? Non, je n'en avais pas envie. Je ne pourrais pas, je m'étais promis de ne parler à personne.
____Nous marchions encore, tournant parfois, dans un autre corridor. Les questions continuaient de fuser dans mon esprit. Pourquoi était-ce tombé sur moi ? Ne méritais-je pas d'avoir une vie normale, comme tout le monde, sans vision ou autres phénomènes étranges ? J'étais maintenant désespérée, pensant de plus en plus à me donner la mort. Cette idée me fit trembler. Je ne pourrais pas, j'étais bien trop lâche, je n'en aurais jamais le courage. Je concluais donc que je mourrai ici, dans une chambre sombre, à force de m'être cognée la tête contre un mur. Je me rendis compte que nous étions arrêtés devant une porte grise en métal. Un homme m'avait laché le bras, cherchant désormais la clé dans son énorme trousseau, ruminant dans sa barbe. Je réfléchissais un instant à mettre mon plan à exécution, mais laissais tomber cette idée quand je vis la porte s'ouvrir, dans un affreux couinement.
____Alors, une éblouissante clarté vint me frapper. Je baissais la tête, n'espérant qu'une chose : être dans le noir, et y rester. Ils me poussèrent dans la pièce, et fermèrent la porte derrière moi. J'étais seule, dans la lumière. Ma première réaction fut de courir vers la petite fenêtre qui laissait entrevoir un petit bout de ciel. Je tirais rapidement le rideau poussiéreux, et était maintenant plongée dans le noir le plus total. Je sentis une goutte salée caresser la commissure de mes lèvres, et me laissais tomber lourdement sur le sol froid, repliant mes genoux sous le menton.
____Et voilà, j'y étais. Les menaces de mes parents avaient abouti. Ils m'avaient finalement placer ici, à cause de mes visions. J'aurai du leur en vouloir, mais j'étais avant tout furieuse contre moi-même. Je n'aurai jamais du leurs parler de mes « troubles », comme ils disaient. Si je n'avais rien dit, je serai restée chez moi, avec mes parents et Cynthia, ma petite s½ur. Nous étions dimanche, et au lieu d'être ici, j'aurai du être en balade avec mes parents, comme nous en avions l'habitude. Si j'avais gardé ça pour moi, je serai heureuse, oui, tout simplement.
____J'entendais soudain le bruit carillonnant du trousseau de clé. La porte s'ouvrit, faisant ainsi s'évanouir la pénombre de ma chambre. Je percevais une silhouette d'homme à la carrure imposante. Sa voix résonna :
- Le psychiatre veut te voir, Alice. Lève-toi.
Je gardais la tête baissée, ne voulant pas que ma figure se plonge dans la lumière. Il attendit quelques secondes, puis s'approcha et me leva par les épaules. Je levais alors le visage, et considérais ses traits. Ils étaient fort anguleux, comme taillés dans la pierre, son front était large, et ses yeux noirs, peu espacés. Son nez prenait une grande place sur sa figure, et était légèrement écrasé. Il était laid, tout comme mon avenir. Il me poussa dehors, et je frémissais encore une fois à cause de l'éclat du soleil présent dans le couloir. Je le suivais, les yeux fixant le sol carrelés. Il s'était arrêté, mais n'ayant pas fait attention, le sommet de mon crâne heurta le bas de son dos. Nous entrâmes dans un bureau, beaucoup plus simple que celui du directeur, monsieur Dickson. Le sol avait le même carrelage écarlate que le couloir. Ne souhaitant pas relever la tête, je ne pouvais pas observer les mur.
- Bonjour, Alice.
Je ne disais rien.
- Hum oui... Il paraît que tu as décidé de ne pas parler. Et bien, peu importe. Sache juste que ce n'est pas en te privant de la parole que tu rentreras plus vite chez toi.
Je ne disais toujours rien. Sa voix laissait entrevoir quelques notes d'ironie, voir même de moquerie.
« Oh par pitié monsieur ! Je ne veux pas rester ici ! Je reparle, vous voyez ?! Je n'ai même plus de visions ! C'est fini, tout ça ! Je suis une jeune fille normale ! Je peux rentrer chez moi, avec ma famille ! Dites à mes parents qu'ils peuvent venir me chercher ! » J'étais affreusement tentée de lui sortir mon flot de pensées, mais me retins, sachant que cela ne changerai strictement rien.
- Très bien, dommage pour toi, jeune fille.
Sur ces mots, il se tourna vers le même homme, qui vint me relever, et me ramena dans ma chambre.
____Le noir me faisait un bien fou, et petit à petit, mes yeux s'habituèrent à la pénombre. Je me dirigeais vers mon lit. Enfin, si on peut appeler ça ainsi. A peine m'asseyais-je dessus que l'acier du sommier piaulait, torturant mes tympans.
____Cela faisait maintenant un mois, ou peut être deux que j'étais dans cet asile. J'avais perdu toute notion du temps, et ne vivais que dans le noir. Le psychiatre ne tentait plus rien avec moi, et me laissait désormais constamment dans ma chambre. On m'apportait à manger trois fois par jour, et je n'absorbais que très peu de ma nourriture. Je me sentais atrocement faible et sale. Je ne pleurais plus, et ne pensais plus non plus. Je restais en permanence contre mon mur, et quand j'en avais encore la force, rampais jusqu'au lit. Je ne souffrais plus, étais imperméable à tous sentiments.
____Mes visions étaient vides, n'étaient que noires, et se faisaient de moins en moins fréquentes. Mais, parfois, me revenait la vision que j'avais eu mon premier jour ici. Encore ces yeux turquoises, m'attirant grâce à une force invisible que moi-même ne comprenait pas. A chaque fin de ces images, je me retrouvais debout, chose rare, devant la porte, les mains et le visage collés à celle-ci. Mais, chaque fois, quand je revenais à moi, je constatais que ce n'était pas la réalité, et que ces deux lueurs turquoises n'étaient que mirages. J'attendais donc tout le temps le jours où je pourrais enfin avoir en face de moi ces pupilles, qui me fascinaient tant...
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